Thursday, 18 December 2014

YEWANDE OMOTOSO. EN PRÉSENCE DES OMBRES

Par Warscapes Entretien de Valentina A. Mmaka avec Yewande Omotoso.



Photocredit Victor Dlamini
Les mots du grand écrivain somalien Nuruddin Farah à propos de Bom Boy, le premier roman de Yewande Omotoso, ne pourraient être plus justes : "C'est un roman tout en élégance, écrit par une jeune auteure porteuse d'une vraie promesse. Yewande Omotoso est une styliste avec une vision littéraire(1)". Yewande Omotoso a également été sélectionnée pour le Sunday Times Fiction Award et primée dans le cadre du South African Literary Award (SALA) en tant qu'auteure de langue anglaise publiée pour la première fois.
Partagée entre sa carrière d'architecte et son amour pour l'écriture, Yewande Omotoso est un exemple de conjugaison réussie de deux passions. Née à la Barbade, élevée au Nigéria et en Afrique du Sud, elle a grandi entourée d'une famille d'artistes. Son père, Kole Omotoso, est un écrivain et intellectuel nigérian et son frère, Akin Omotoso, est un acteur, réalisateur et producteur de films reconnu, découvert par une plus large audience pour ses rôles dans les films Blood Diamond et Lord of War.

Le roman de Yewande Omotoso raconte l'histoire de Leke, un orphelin abandonné par ses parents sur le banc d'un parc et adopté par une famille blanche. Après le décès de sa mère adoptive, il décide de quitter la maison pour s'installer dans un vieux garage et mener une vie indépendante. La toile de fond de l'histoire de Leke est l'Afrique du Sud moderne, un pays "entre deux", un lieu de complexités sociales, culturelles, économiques et politiques dans lequel vivre exige courage et responsabilité, et identité et conscience de soi semblent difficiles à construire. Le Cap se dévoile sous les semelles de Leke. A mesure que celui-ci déambule dans les rues, elles deviennent le miroir de ses propres déambulations. Le garçon, incapable de satisfaire aux exigences de sa société, nous livre à la fin une histoire différente, une histoire qui compte plus d'une issue, une histoire de possibilités et d'espoir. Yewande Omotoso met à nu le mince cordon reliant les populations démunies qui vivent en marge de la société sud-africaine. Lorsque l'identité est en question, l'absence de racines semble conduire à d'inévitables sables mouvants.

Valentina A. Mmaka : Yewande, vous avez la chance extraordinaire d'être un écrivain aux origines culturelles diverses. Vous êtes de la Barbade, vous avez grandi au Nigéria et vous vivez à présent en Afrique du Sud. Comme est-ce que toutes ces cultures s'invitent dans votre écriture ? 
Yewande Omotoso: Venant de cultures multiples, je crois que j'attribue surtout une grande valeur à la différence plutôt que de me sentir menacée par elle. J'ai tendance à écrire au sujet de personnes qui vivent en pays étranger, des personnes sans appartenance ou qui n'ont pas leur place, des visiteurs, des individus dont le rapport avec le contexte de l'histoire est ténu ou contestable. Pour des raisons évidentes, je connais bien ces situations. Cela dit, parce que c'est en Afrique du Sud que j'ai vécu le plus longtemps, au Cap précisément, il est plus facile pour moi d'y faire tenir mes histoires. Avec le temps, lorsque j'aurai acquis du savoir et serai devenue plus courageuse, j'espère installer des histoires plus solidement au Nigéria ou à la Barbade, mais il est impossible, en tant qu'écrivain, de feindre la familiarité avec un lieu, c'est en tous cas ce que je pense.


Valentina A. Mmaka: Pensez-vous que l'identité s'associe avec l'idée d'avoir des racines quelque part ? Que l'identité représente pour vous ? 
Yewande Omotoso: L'identité est une construction complexe faite de si nombreuses interprétations, expériences et projections, d'espoirs pour le futur. Et certes, une attache à un lieu géographique spécifique peut former une part de notre identité, mais il peut en aller tout autrement. En fait, le rejet d'une attache géographique peut également former notre identité. Je ne réfléchis pas trop à cela en ce sens que "l'identité", pour moi, se joue plus comme une ombre. C'est quelque chose d'organique qui s'est formé comme le résultat de toutes mes cultures, de mon éducation et de mes expériences. Je sais que mon ombre est là et à certains moments j'ai particulièrement conscience de sa présence, mais je n'ai pas besoin d'y revenir tout le temps.
Edward Saïd, citant le moine allemand du 12ème siècle Hugues de Saint-Victor, a écrit : "L'homme qui trouve sa patrie douce n'est qu'un tendre débutant; celui pour qui chaque sol est comme le sien propre est déjà fort; mais celui-là seul est parfait pour qui le monde entier est comme un pays étranger". Comment réagissez-vous à ces mots ? Est-ce que cela pourrait correspondre à votre propre expérience ?
Cela me fait penser à une contradiction dans laquelle je me retrouve souvent, celle de pouvoir et ne pas pouvoir appartenir dans le même temps. "Appartenir" est un dessein tant poursuivi au cours de l'expérience humaine pour le confort, la sécurité et les liens acquis à travers lui. Ce qui est intéressant dans cette citation est qu'elle présente l'option d'être un éternel étranger comme la meilleure, non pas celle d'appartenir quelque part. Je peux me voir dans les trois portraits évoqués dans la citation, et si je suis fascinée par le classement repris par Edward Saïd, il ne m'est pas aisé pour autant d'établir quel état d'être se place au-dessus de l'autre ni de dire pourquoi. A ce stade de ma vie, je considère cette question trop complexe pour avoir un avis certain.


Valentina A. Mmaka - Vous êtes arrivée au Cap en 1992, juste deux ans avant que l'Afrique du Sud ne déclare l'abolition de l'Apartheid. Comment a été votre première confrontation avec ce pays en tant qu'enfant ? Comment percevez-vous l'Afrique du Sud aujourd'hui ? Venant du Nigéria et d'une famille aux racines multiples, vous êtes-vous parfois sentie "différente" ?
Yewande Omotoso - Pour la fillette de 11 ans que j'étais, l'Afrique du Sud était principalement l'endroit où "on n'aimait pas les Noirs". D'abord confuse sur les raisons de mon père à vouloir que nous vivions là, je me suis ensuite réjouie à l'idée de vivre quelque chose de nouveau. Durant les premiers mois, nous avons vécu à Belleville, dans un Holiday Inn, le temps que mes parents achètent une maison et que, mes frères et moi, nous nous adaptions à l'école. Cela a été un choc culturel. Je ne parvenais pas à saisir totalement ce qui se jouait au moment de notre arrivée : les tensions accumulées, l'horreur de l'apartheid et ce qu'elle a laissé derrière elle. Nous n'avions pas notre place. Il m'a fallu trois ans pour me faire des amis. Aujourd'hui, l'Afrique du Sud est ma maison, j'ai des amis sud-africains qui comptent parmi mes plus proches et je me préoccupe du futur de l'Afrique du Sud comme n'importe quel autre Sud-Africain. Je me vois comme quelqu'un qui peut participer et contribuer aux efforts pour faire de ce pays un lieu meilleur.

Valentina A. Mmaka - Pouvez-vous me donner trois bonnes raisons qui font de l'Afrique du Sud un bon endroit où vivre ?
Yewande Omotoso - C'est un pays qui a une histoire unique. En tant qu'écrivain, comme tout le monde au fond, c'est formidable de vivre dans un lieu où se mêlent toutes les complications imaginables s'agissant des relations humaines. Et aussi de pouvoir apprendre de l'expérience que vit l'Afrique du Sud en temps réel, d'être le témoin de ses succès et d'apprendre de ses écueils, et finalement d'aider à rendre le pays meilleur. C'est un beau pays, "beau au-delà de tout ce que l'on peut chanter" comme le décrit Alan Paton(2). Même si l'Afrique du Sud est aux prises avec son futur alors qu'elle cherche à se dégager de toute cette corruption, il y a tellement de choses qui marchent bien dans ce pays : une formidable infrastructure routière, des transports à la pointe de la technologie, ainsi que de nombreux équipements que je considère basiques, comme l'eau ou l'électricité, mais qui sont loin d'être tenus pour acquis dans d'autres pays africains.

Valentina A. Mmaka - Avez-vous déjà songé à vivre ailleurs, dans un lieu qui serait plus adapté à votre travail d'écrivain ?
Yewande Omotoso - J'y songe souvent. En ce moment j'ai l'esprit assez aventurier pour avoir envie de voyager et même partir. Mais aucun lieu précis ne me vient en tête pour le moment. L'Afrique du Sud est pratique, c'est le lieu de vie de tous les membres de ma famille proche.
Quand avez-vous commencé à écrire ?  A qui devez-vous ce talent pour l'écriture ?
Je me souviens que j'écrivais des petits livres à la main et que mon cousin faisait les illustrations. Je devais avoir sept ou huit ans. Les histoires étaient clairement très mauvaises ! Sinon, oui, disons que le fait de grandir dans une maison d'écrivains et de lecteurs, ou bien quand je pense à la quantité de lectures dont nous avons bénéficié mes frères et moi à l'heure du coucher, ainsi qu'à toutes ces machines à écrire qui trainaient dans la maison, oui je pense que tout cela a eu une grande influence sur moi.

Valentina A. Mmaka - Quels écrivains constituent vos sources d'inspiration ? 
Yewande Omotoso - J'ai beaucoup lu Rosa Guy petite fille et plus tard Toni Morrison, à l'adolescence. D'autres livres comme Une si longue lettre(3), ont aussi eu une influence énorme sur moi.

Valentina A. Mmaka - Avez-vous d'autres auteurs africains ou des Caraïbes en tête ?
Yewande Omotoso - Zee Edgell, George Lamming et Martin Carter, pour ne citer qu'eux.

Valentina A. Mmaka - Il y a pour chacun de nous un livre qui a changé notre façon de voir la vie, un livre qui nous a ouvert d'autres perspectives sur la vie et ses intersections complexes. Quel a été le vôtre ? 
Yewande Omotoso - La danse Yoruba, de Simi Bedford. Je devais avoir onze ans quand je l'ai lu. C'est l'un de mes livres favoris. J'ai vraiment eu l'impression que c'était ma propre histoire qui était écrite.

Valentina A. Mmaka - Quand vous étiez enfant, est-ce que quelqu'un vous racontait des histoires ? Dans les cultures d'Afrique et des Caraïbes, raconter des histoires a toujours eu une place importante dans la vie de tous les jours et c'est encore le cas aujourd'hui. Vous souvenez-vous d'une histoire en particulier qui vous aurait poussée à devenir écrivain ?
Yewande Omotoso - Mes parents sont de grands conteurs et de grands lecteurs. Nous nous asseyions souvent en famille pour écouter mon père nous lire des histoires en anglais et parfois en yoruba. Je ne sais pas si le lien est si évident avec mon envie d'écrire. Je ne me souviens pas avoir écouté des histoires et m'être dit en les écoutant que je voulais devenir écrivain, mais je me souviens que je les adorais. Mais autrement, bien sûr, écrire c'est comme quelque chose qui a toujours été là et possible.


Valentina A. Mmaka - Bom Boy a reçu un très bon accueil de la part de la critique et des lecteurs. Où est-ce que Bom Boy est né ? Quand est-ce que Leke, son personnage principal, a pris forme ?
Yewande Omotoso - Dans le courant de 2008, j'ai commencé à imaginer un personnage en marge de la société, un individu un peu singulier. Et dans mes efforts pour cerner cette singularité, ce personnage, Leke, est apparu. Mais les choses ne viennent pas toujours si facilement. Leke est devenu Leke bien plus tard. Le personnage avec qui j'ai commencé s'appelait Femi, il était un peu violent, il pouvait même saisir des jeunes femmes et les blesser. Avec les années, après avoir étudié des personnages similaires, je l'ai renommé Leke. Finalement, il n'est pas vraiment violent, juste seul et troublé.

Valentina A. Mmaka - Lorsque la mère adoptive de Leke meurt, le monde devient trop douloureux pour lui. Qu'est-ce qui nous rend peu préparé aux défis du monde qui nous entoure ? 
Yewande Omotoso - Je ne suis pas certaine de savoir. Qu'est-ce qui rend chacun de nous peu préparé aux défis du monde ? Je pense que pour Leke, le monde était dangereux, il représentait une menace. Leke se montre à nous comme quelqu'un d'effrayant, mais en réalité c'est lui qui est terrifié et qui se terre. Il s'arrange pour que sa vie soit à sa portée. Si sa mère avait vécu, s'il avait trouvé un moyen de se sentir plus en sécurité, les événements de sa vie auraient peut-être été différents. Mais à mesure qu'il apprend plus sur lui-même et son héritage, il a l'air de trouver un semblant de stabilité.

Valentina A. Mmaka - Pensez-vous que dans une société complexe telle que l'Afrique du Sud, le risque soit important d'observer de nombreux jeunes comme Leke aux prises avec la réalité dans laquelle ils sont?
Yewande Omotoso - Je ne me sens pas vraiment outillée pour parler au nom des jeunes sud-africains. En général, tout de même, c'est dur d'être un jeune ! On essaie d'assembler des morceaux et on fait des erreurs. Le sentiment de perte d'identité, peut-être l'absence de modèles et une tendance à se laisser dériver peuvent créer beaucoup de Leke, des êtres instables, déconnectés de leur propre histoire et d'eux-mêmes.

Valentina A. Mmaka - Quelle importance donnez-vous au lieu dans un récit ?
Yewande Omotoso - Je pense que le lieu joue énormément dans un récit. Je ne sais pas si j'aurais écrit Bom Boy si je n'avais pas vécu en Afrique du Sud, j'en doute. J'imagine que j'aurais écrit autre chose. L'histoire de Leke est très spécifique, elle parle d'un être à la dérive qui vit en marge de la société plutôt que dans une communauté reconnue.

Valentina A. Mmaka - Modjaji Books est une maison d'édition indépendante basée en Afrique du Sud. Comment êtes-vous entrée en contact avec elle ? Avez-vous cherché d'autres éditeurs ? Etait-ce difficile ? Beaucoup d'auteurs qui désirent se faite publier pour la première fois trouvent le processus de contact avec les éditeurs très pénible. Comment cela s'est-il passé pour vous ?
Yewande Omotoso - Un ami m'a suggéré Modjaji et je suis allée sur leur site web. J'ai consulté la liste des livres qu'ils avaient publiés et j'ai décidé de leur envoyer mon manuscrit avec mon C.V. Je m'étais préparée à un refus mais allez savoir pourquoi j'ai eu de la chance, ils ont accepté mon manuscrit. Je n'ai pas cherché d'autres éditeurs.

Valentina A. Mmaka - Comment est-ce d'être une femme écrivain en Afrique du Sud ? Quelles sont les difficultés principales ? Parvenez-vous à nouer des relations avec d'autres auteurs ?
Yewande Omotoso - C'est une question difficile. Je me sens très privilégiée sur une variété d'aspects, ce qui veut dire que je ne traque pas forcément le préjugé pour analyser des faits qui se produisent. Je ne suis pas constamment en train de me dire que je suis une femme écrivain noire, je suis d'abord moi et le reste est du détail qui m'accompagne. Ceci dit, il y a effectivement des besoins à couvrir, en particulier auprès des jeunes femmes écrivains qui vivent dans des zones éloignées des villes et qui n'ont pas nécessairement de dictionnaires à elles ; des femmes qui ont de formidables histoires à raconter. Il faut que nous trouvions toujours plus de moyens pour capter ces voix et les encourager. Je vois cela comme ma responsabilité, autant que celle du gouvernement, des éditeurs et des membres de la communauté des écrivains.

Valentina A. Mmaka - Vous avez participé à deux ateliers d'écriture : le Creative Writing Group qui s'est tenu à l'University of Cape Town(4) et le Farafina Writing Workshop au Nigéria organisé l'été dernier(5) sous la direction de deux écrivains, le kenyan Binyavanga Wainaina et la nigérianne Chimamanda Ngozi Adichie. Quelle a été votre expérience ?
Yewande Omotoso - Les deux ateliers auxquels j'ai participé se sont déroulés après la publication de Bom Boy. Le Caine Prize Workshop et le Farafina Workshop ont une organisation très différente. Pour le premier, on doit soumettre une nouvelle à l'issue des dix jours que dure l'atelier. Le second n'a pas cette exigence. Cette distinction permet d'engranger différents apprentissages. Le Caine occasionne une certaine pression, car une fois le travail soumis il n'est plus possible de revenir dessus ni de stopper sa publication. Par conséquent il faut travailler dur et longuement pour être sûr que l'on ne regrette pas ce que l'on présente. J'ai appris beaucoup durant cet atelier sur comment travailler et retravailler un texte continuellement. J'ai également bénéficié du très grand talent des autres écrivains présents à cet atelier. Le Farafina Workshop a été un moment très spécial pour moi, un peu du fait de mon admiration pour Chimamanda Ngozi Adichie, et sans doute aussi parce qu'il s'est déroulé dans mon pays d'origine. J'ai beaucoup apprécié l'absence de pression à produire un texte abouti. Il y avait donc du temps pour de longues discussions sur l'écriture, pour les exercices pratiques qui nous étaient assignés, et pour les lectures que nous avions à faire. Etaient aussi présents de formidables écrivains aux côtés de Chimamanda, qui émettaient des critiques sur notre travail et échangeaient des idées avec nous. J'ai appris énormément et par-dessus tout j'ai rencontré vingt-et-un jeunes écrivains dont la plupart sont restés mes compagnons d'écriture après cet évènement. Dans ces deux expériences, les séances de critiques en groupe ont été terrifiantes mais elles ont procuré aussi des enseignements inestimables. Un ami écrivain dit toujours qu'il faut se débarrasser de son ego si l'on veut devenir un bon écrivain. Que l'on devrait toujours nourrir de l'admiration pour d'autres auteurs et apprendre d'eux plutôt que d'en être jaloux.

Valentina A. Mmaka - Comment est-ce que vous jonglez entre votre métier d'écrivain et celui d'architecte ? Pensez-vous que ces deux formes d'art s'influencent l'une l'autre ?
Yewande Omotoso - En ce moment je consacre l'essentiel de mon temps à mon métier d'écrivain. Il y a sans aucun doute un lien entre les deux et j'ai le sentiment que ma formation d'architecte joue un très grand rôle dans mon écriture, peut-être même au-delà de ce que j'en perçois.

Valentina A. Mmaka - On demande toujours aux écrivains quels conseils ils donneraient à des personnes souhaitant débuter l'écriture, et classiquement la réponse est lire et écrire. Est-ce qu'il y a un conseil plus spécifique ou personnel que vous pourriez ajouter pour quelqu'un qui voudrait devenir écrivain?

Yewande Omotoso - Mis à part lire, lire, lire et écrire (lire plus qu'écrire à mon avis), il faut aussi être courageux. C'est effrayant de produire quelque chose et d'avoir à le présenter au monde, particulièrement quand on y a mis son cœur.
Aussi, il faut maintenir une discipline et avoir un certain degré d'organisation. Enfin, ce qui est crucial, c'est de trouver un lecteur, quelqu'un en qui on a confiance (qui peut être aussi écrivain). Cela doit être quelqu'un qui sait comment formuler une critique sans déconstruire le travail car ces débuts sont des moments très délicats où l'on est aussi très vulnérable.



(1)Mots qui accompagnent le livre sur le blurb, bandeau de promotion sur lequel un auteur de renom fait l'éloge d'un écrivain peu connu (ndlt
(2)Ecrivain sud-africain qui a milité contre l'apartheid (ndlt).
(3)Une si longue lettre, Mariama Bâ, Le serpent à Plumes, 1979 (ndlt).
(4)Dans le cadre du Caine Prize (ndlt).
(5)En 2013 (ndlt).
Texte original sur www.warscapes.com

Traduction pour Africultures : Sonia Sehil

Tuesday, 25 November 2014

Asking Kenyan Govt. to teach what is FGM in school to eradicate it.


To the President of Kenya Uhuru Kenyatta
To the Ministry of Health James Wainaina Macharia
To the Ministry of Education Jacob Thuranira Kaimenyi 
To the Anti-Female Genital Mutilation Board . Govt Kenya  Linah Kilimo
To the Secretary of UN Ben-Ki Moon
To the Ministry of Gender



The are between 140 to 160 millions of women in the world have undergone Female Genital Mutilation, 3 million girls are  at risk every year only in the African continent. We do not need a treaty or a convention to acknowledge the irreversible health problems, which FGM leads to. Just as a mean of general understating, the main risks go from genital infections, to fistula, from heavy hemorrhages to complications during childbirth, from painful intercourse and menstruation to infertility, from septicemia to death. Without including the tremendous psychological effects of it: depression, sense of loss, lack of desire, anxiety, to mention some.  FGM for the above reasons has to be condemned as a violation of children’s and women rights.
The main justifications for FGM are religion and culture. No religion has ever demanded FGM to be practiced and culture is a transformative process which can change as we change and can’t be supportive of a crime such as FGM. 
In culture, people represent and identify themselves. In culture, people feel “safe”. Practicing communities say it is tacitly known that girls must undergo FGM when they reach the right age, as a way out from childhood to womanhood because culture demands it. But what happens when culture generates violence. Yes, violence is cultural. Violence does not exist in nature, so it is a cultural construct and as FGM is a form of abuse as it violates the basic rights and integrity of girls and women, it is a form of violence. We need to acknowledge that there’s no other way to eradicate violence (any form of violence) if not through culture itself. It is a big deal, indeed, because it requires a lot of guts to discuss one’s people principles and at the same time open to different perspectives on issues, which past generations gave for granted.
When communities object that FGM is unchangeable, they should try and look back at their history and see how many things have been modified since they were moving from land to land looking for pastures for their herds. It was in Kenya that Somali writer Nuruddin Farah said:  Today in Somalia ( which is also one of the countries in Africa with the highest rate of FGM) – people use I- phones and I -pads, is that not a sign of cultural change? So why they can’t change also their perception of FGM? This iworks for Kenya as well.
In a digital world where information and knowledge is accessible on a mass scale, where the “other” become more easily the mirror for ourselves, it is more difficult to think at culture as a static unchangeable thing.  If culture shows the symptoms of not changing, in a case where FGM is still justified as “cultural”, it is perhaps because is used by politics to control over women’s lives, suppressing gender equality, continuing to support the patriarchal system. Eradicating FGM is a call to revise culture, to change politics through culture (and not the other way around). It is about promoting a holistic vision through which occupy a new space and have impact, where tradition and innovation can stand side by side. 
Eradicating FGM should not be seen as a threat to people's culture. On the contrary acknowledging the danger of the practice, the inhuman conditions in which women are forced to live throughout their lives and protecting children from such an horrible abuse, is a way to change culture eradicating the bad of it and preserving only the good. Cultures and people changes, are mutable and transformative... people make and change culture not the other way around... 
We ask the Government of Kenya to ensure that  FGM is taught in all the schools of the country (in rural and urban areas), using adequate tools to engage with the students according to age, like educational workshops and the arts.  Children of today are the change makers of tomorrow. It’s necessary to provide girls of a proper education about FGM so that they can protect themselves and live a complete life.
If the children of today can acknowledge what FGM is, and what are the risks and consequences of this practice, tomorrow we could live in a world free of FGM. Children can educate their parents and together raise a public dialogue where FGM won't be a taboo anymore but part of a pro active discussion and confrontation on how to build a sustainable future for the country where children and women will be free of this form of abuse.  
IF YOU WANT TO SUPPORT THE CAUSE YOU CAN SIGN THE PETITION HERE

Monday, 29 September 2014

Ending FGM needs a Cultural change

The assumption that culture is a monolith, fixed and closed, unchangeable and immutable, is what we call a principle of exclusion. Culture inherently is a dynamic, flexible and transformative process which rather than excludes, it includes even if, at some point it can resist to some changes. When it comes to Female Genital Mutilation, culture, along with religion, takes the leading spot. Within entire communities, from elders to the youth, from spiritual leaders to chiefs, they commonly agree that FGM is part of their culture and so almost impossible to change.
In my long work trying to understand the diffusion of FGM and the differences of its impact around the world, I met many women, men, girls and boys who had different opinions on FGM. But when asked “why do you practice it?”, though the bad health consequences it leads to are more an more recognized, the common answer is: “it’s our culture, we cannot deny it”.

We should have a look at WHO (World Health Organization) statistics to understand the dysfunctional proportion of this practice worldwide to realize how much the notion of culture is so mistakenly interpreted.

We do not need a treaty or a convention to acknowledge the irreversible health problems, which FGM leads to. Just as a mean of general understating, the main risks go from genital infections, to fistula, from heavy hemorrhages to complications during childbirth, from painful intercourse and menstruation to infertility, from septicemia to death. Without including the tremendous psychological effects of it: depression, sense of loss, lack of desire, anxiety, to mention some. The WHO estimates 140 millions of women victims of FGM in the world and 3 million girls at risk every year only in the African continent. FGM is one of those issues often misunderstood and full of stereotyped concept trying to define them. People, who are not familiar with FGM for one reason or another, assume that is just an African issue or that it is a religious demand from Islam. If we take a map of the world and use red color to mark the countries where FGM is practices, we would definitely see the red color spread all over the five continents. How? Simple, FGM is traditionally performed within communities in Africa, Middle East, Southeast Asia, some countries of Latin America, and in certain aboriginal Australian regions, (in the XIX century it was used in the US and Europe to cure hysteria, masturbation and lesbianism). In addition to that, there’s immigration, which has moved flocks of people from place to place who, in the diaspora, brought their culture with them, FGM included.
In culture, people represent and identify themselves. In culture, people feel “safe”. Practicing communities say it is tacitly known that girls must undergo FGM when they reach the right age, as a way out from childhood to womanhood because culture demands it. But what happens when culture generates violence. Yes, violence is cultural. Violence does not exist in nature, so it is a cultural construct and as FGM is a form of abuse as it violates the basic rights and integrity of girls and women, it is a form of violence. We need to acknowledge that there’s no other way to eradicate violence (any form of violence) if not through culture itself. It is a big deal, indeed, because it requires a lot of guts to discuss one’s people principles and at the same time open to different perspectives on issues, which past generations gave for granted.
Cultures change, they have always changed, if not in the short time in the long time of course. As Nigerian writer Chimamanda Ngozi Adichie once said, people make culture not the other way around, there’s enough room for a reflection on how changing a culture lays in the human being’s will and wish. What makes it so hard then, for millions of people across the African continent, and the rest of the world, to recognize the flexibility of culture, and the role of humankind in stretching ideas and imagination?
There are three main sources, which are responsible for change and resistance at the same time: forces at work within a society, contact between societies, changes in the natural environment. It is a matter of how people can deal with loss and invention, part of the changing pattern, against resisting instances like habits, integration and in group – out group dynamics.
When communities object that FGM is unchangeable, they should try and look back at their history and see how many things have been modified since they were moving from land to land looking for pastures for their herds. Somali writer Nuruddin Farah says it right: Today in Somalia ( which is also one of the countries in Africa with the highest rate of FGM) – people use I-phones and I-pads, is that not a sign of cultural change? So why they can’t change also their perception of FGM? Wasn’t the great Mariama Bâ the one who said in her famous novel “A so long letter”: we should eradicate the bad of each culture and preserve only the good.
In a digital world where information and knowledge is accessible on a mass scale, where the “other” become more easily the mirror for ourselves, it is more difficult to think at culture as a static unchangeable thing. If culture shows the symptoms of not changing, in a case where FGM is still justified as “cultural”, it is perhaps because is used by politics to control over women’s lives, suppressing gender equality, continuing to support the patriarchal system. Eradicating FGM is a call to revise culture, to change politics through culture (and not the other way around). It is about promoting a holistic vision through which occupy a new space and have impact, where tradition and innovation can stand side by side.
Things get tougher when it comes to religion. In Middle East, Asia and in some African countries FGM is referred as mandatory of Islam, which is something I always knew being untrue for personal and professional reasons.
During my researches and meeting people from different countries, different social classes and different cultures, I realized how FGM in many African countries, for example, is still highly practiced among low class people, who do not have access to education, information and modernity.
While in Southeastern countries the practice is prevalent in urban areas and among middle class people who have regularly access to higher education and progress.
It seems that the idea of “religion” as a justification for FGM is homogeneous and goes far beyond social class, while the “pure cultural” justification has more impact where people do not have enough chances to confront themselves with what information and education carries. But what if we start considering religion as a cultural product too? Also in this case the change will necessarily need to come from a cultural change by admitting first of all that there’s not something called “female genital mutilation” in the Quran nor in any other holy book and that eventually culture made it up through free interpretation.

Friday, 26 September 2014

My Body and Skin

"What is your body? What is it to you, to others and to the whole world? Who makes decisions about your body and why? Here’s one woman’s deep thoughts on these fundamental questions." (Editorial Notes from Pambazuka)

I AM MY BODY AND MY SKIN

I’m my body.
My body is my space.
In my body 
with my body
I sing
I think
I laugh
I cry
I dream 
I narrate
I love 
and live.

My body is
physical
social
cultural
political.
My body 
is playful and cynical
ironic and dramatic
obedient and wild.
My body
is my home
is my country,
not a house
for someone’s 
anger
need,
pleasure
delight
judgment.
My body is multiple,
it doesn’t always fit
my mood
my desire
my wish.
It doesn’t always approve 
my choice
my statement
my ideals.

I am my body.
When naked, my body speaks all the languages, 
even the ones which human memory can’t recall
when dressed it can speak one language only
faltering on starchy letters and harsh words;
when naked, my body speaks with honesty and compassion
humble and human,
when dressed my body masters excuses to delay the conversation
making it stiff in a geometrical understanding;
naked my body feels home
dressed is always in a foreign land;
in my poetry it fits completely
naturally
intensely
motherly
unconditionally
unexpectedly.

In my body I find the world projected
in its most unpredictable symptoms
in my body I foster peace and revolution
I grow anger and forgiveness
like sides of the same seed,
for the better end -
reconciliation.

In my body I fight a hundred wars:
against the fathers 
who assumed I had to reduce my flesh to look appealing
carrying the custom in silence 
to avoid the shame thrown on me
if tempted to oppose to the very blade of pain.
Because I fight, 
now, the cut that every month bleeds between my legs 
is my poem dedicated to all the girls and women 
who can start considering making a choice 
over being subjected to someone else’s
regardless the rejection they would face from their own people
- time is a chance that must be given to everyone.
I fight
against my husband who decided to wear the crown of gendered power
and for this, dug his armed body in my secret garden
opposite will and wish.
I fight for my son and my daughter 
To oppose the standards they’re trapped into.
In my body I stand for you
as you carry heavy weights at the edge of your possibilities
trying to connect the RIGHT in your disconnected life
In my body I speak for you 
since fear has made you orphan of words to express your SELF.
In my body 
I name the nameless
I translate the unknown
I uncover the unseen
I clean my myth out of the dust of time
And re-write a new epic on the footsteps of my mother’s.
I do not prostitute my body 
for any idea which doesn’t grow 
from my mental condition
...whatever it is.

In my body
I am WHO
and WHERE
no WHAT
WHEN happens within me
all the time
a life time

I’m my body and my SKIN.
I wear my skin 
soft
rough
cold
warm
thick
skin
to embrace the world around me
to welcome the freezing indifference 
as well as the kindest attention.

I wear my skin as a shield
cutting crossing lines quivering in assumption
I dive in the womb of the city
that’s where I breath in the eyes of the unforgiving people
who never grope for an understanding 
streets keep going their ways 
parallels undo 
snatching pics from 
peeping dreamy minds
tangents cross the very limit of my thoughts 
I’m not afraid of the shadows 
nor of the blustering wings 
of an unfed crow
waving in a blind sky
with my body I unpack all my fears
and spread them around
true 
in my mortal and imperfect state

Undoing the fatal demand
that world endorse 
I plot my body and my skin
to engage with others

I’m my body and my skin
and refuse the central
I am my body and my skin 
and inhabit edges 

Perspectives matter …

I wear my skin 
and meet you at the corner.
Corners are set for thinkers and beggars
observers at the backstage
where threads are undone
regardless of the script.

There you‘ll find me.

Originally Published  on Pambazuka